vendredi 6 juillet 2007

Suco

Nous quittons Cuenca sous un ciel radieux, le bus avance au milieu de cette immense étendue vallonnée, verte, parsemée d'eucalyptus et de modestes maisons blanchies à la chaux, au balcon sculpté, de bois foncé. Nous sommes sur la route de Machala, l'une des principales villes de la côte, le visage des montagnes andines évolue donc tout doucement, plus chaud, fertile - les eucalyptus cèdent la place aux bananiers, aux palmiers - à l'horizon d'autres reliefs cette fois-ci complètement arides confirment la diversité, la complexité du milieu andin.

Ensuite, étape à Santa Isabel, l'un de ces multiples villages situés près de la grand-route et qui servent donc d'étape obligatoire, de lieu de vente et d'approvisionnement à toutes les communautés se trouvant à 40 km à la ronde, de point d'échange du bout du monde avant de pénétrer réellement dans la montagne, vers des communautés dont on ignorerait presque l'existence. Le chemin est irrégulier, le bus peine à monter, ce qui laisse le temps d'admirer ce que laissent entrevoir les immenses précipices, quand ils ne sont pas bordés de bananiers et de cannes à sucre : des montagnes, des pics, à perte de vue, d'un vert profond et serein, de larges vallées, à l'inverse du massif alpin par exemple, qui laissent venir la lumière et donnent une certaine sensation de vertige face à l'immensité, à la démesure, de cet espace andin. A certains endroits nous sommes au-dessus des nuages.

Nous parvenons finalement à Saramaloma, petite communauté d'une quarantaine d'âmes, accrochée à la montagne. Inés, Yolanda, Rosario, nous accueillent très chaleureusement mais nous sentons en même temps la distance - vertigineuse sous certains aspects - qui nous sépare, nous, étudiants français en quête d'aventure dans un monde que l'on considère comme le nôtre, et eux, petits paysans qui sont nés ici, et vont mourir ici.

Difficile, de leur faire accepter un plan de production pour qu'ils satisfassent, le plus simplement du monde, aux demandes de leurs fournisseurs et de leurs acheteurs de poulets. Nous sommes trop rationnels, eux vivent autrement, mais on ne peut les aider qu'en les encourageant à s'adapter, par eux-mêmes, à certaines réalités. Le principal défi de la mission.

A l'intérieur de la choza en terre séchée, à savourer les humitas - purée de maïs sucrée et cuite dans la feuille-, du choclo - maïs que l'on mange directement sur l'épi -, entre le foyer dont la fumée envahit toute la pièce et le rincon réservé aux cuyes - cochons d'Inde - dont on se régale également, la distance est vertigineuse. - D'où je viens ? Je viens de France. Légère moue, marquée d'indifférence. Peu importe, pour eux je suis un suco - un blond -, un nouveau suco, parmi bien d'autres, et Suco je resterai.

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