Dimanche l'Equateur a comme un rendez-vous avec l'histoire. L'expression paraît quelque peu forte mais compte tenu de l'instabilité ambiante depuis plus de 20 ans, des attentes d'un peuple entier pour que le cirque cesse enfin et des perspectives d'un changement profond et sérieux données par l'actuel Président, on peut dire que l'élection de dimanche, dont sortiront les 130 membres de l'Assemblée constituante, est une opportunité unique.
L'Equateur a besoin de donner une majorité claire, sans équivoque, au gouvernement de Rafael Correa. Pour que celui-ci, dans la gestion quotidienne, continue sur la voie réformiste et progressiste suivie depuis janvier. Pour que les membres de sa liste, Alianza País, donnent les orientations qui signifieront un vrai changement à la future Constitution. Cela ne fait guère de doute : une liste qui représente le pays dans toute sa diversité, et constituée des meilleurs talents du pays - une femme de lettre, un prêtre proche de la Théologie de la Libération, un économiste internationalement reconnu, une réalisatrice de cinéma, des militants des droits de l'Homme, des jeunes, des vieux, des femmes... rassemblés pour impulser le changement institutionnel et politique, mais aussi culturel - reconnaître l'Equateur dans toute sa diversité - dont le pays aurait enfin besoin. Il ne manque plus que la confiance des Equatoriens... Verdict quelques jours après dimanche.
Ces élections seront probablement l'occasion d'éclaircir les choses, de renouveler le paysage politique. Enfin la fin d'Izquierda democrática, du Partido social-cristiano, de l'ultra-populiste Partido roldosista ecuatoriano. Ces partis qui ont monopolisé le pouvoir depuis les années 1980, ont connu toutes les crises sans rien pouvoir résoudre, ont instauré ce climat de corruption et de déliquescence qui a parfois conduit à des situations dramatiques.
C'est aussi la transformation de la droite équatorienne qui va probablement être consacrée dimanche. Finis le Partido social-cristiano et l'Unión demócrata-cristiana, place aux deux géants PRIAN et PSP. Deux partis constitués de tous les déchets de la droite moribonde, menés par des caudillos qui aiment à se faire passer pour des gens nouveaux : Alvaro Noboa, le fameux roi de la banane, propriétaire de la moitié du pays et membre de l'administration la plus désastreuse qu'ait connue l'Equateur (celle d'Abdalá Bucaram, qui a à peine duré 6 mois, il y a une dizaine d'années), ainsi que les frères Gutiérrez et leur horde d'analphabètes, pourtant chassés du pouvoir en 2005... Corruption, populisme et vieille garde, voilà à quoi en est réduite la droite équatorienne... et pourtant la recette marche, à coups de démagogie, de mensonges et de cadeaux, puisque ces deux partis devraient faire un score honorable dimanche.
A gauche, après la fin du quasi-monopole d'Izquierda democrática, surgissent principalement deux partis : RED, mené par un homme sérieux et probablement intègre, León Roldós, pour incarner l'aile sociale-démocrate de la gauche, et Alianza País, le parti de Correa, constitué également de gens sérieux et surtout courageux, pour incarner une tendance plus à gauche sans pour autant correspondre aux caricatures chavistes désespérément construites par des partis de droite à court d'arguments.
Dimanche 30 septembre 2007. Oui, l'Equateur a bien un rendez-vous avec son histoire ; à voir donc si ce sera bien l'occasion de transformer l'essai de l'élection présidentielle de 2006 !