vendredi 28 septembre 2007

Consulta

Dimanche l'Equateur a comme un rendez-vous avec l'histoire. L'expression paraît quelque peu forte mais compte tenu de l'instabilité ambiante depuis plus de 20 ans, des attentes d'un peuple entier pour que le cirque cesse enfin et des perspectives d'un changement profond et sérieux données par l'actuel Président, on peut dire que l'élection de dimanche, dont sortiront les 130 membres de l'Assemblée constituante, est une opportunité unique.
L'Equateur a besoin de donner une majorité claire, sans équivoque, au gouvernement de Rafael Correa. Pour que celui-ci, dans la gestion quotidienne, continue sur la voie réformiste et progressiste suivie depuis janvier. Pour que les membres de sa liste, Alianza País, donnent les orientations qui signifieront un vrai changement à la future Constitution. Cela ne fait guère de doute : une liste qui représente le pays dans toute sa diversité, et constituée des meilleurs talents du pays - une femme de lettre, un prêtre proche de la Théologie de la Libération, un économiste internationalement reconnu, une réalisatrice de cinéma, des militants des droits de l'Homme, des jeunes, des vieux, des femmes... rassemblés pour impulser le changement institutionnel et politique, mais aussi culturel - reconnaître l'Equateur dans toute sa diversité - dont le pays aurait enfin besoin. Il ne manque plus que la confiance des Equatoriens... Verdict quelques jours après dimanche.
Ces élections seront probablement l'occasion d'éclaircir les choses, de renouveler le paysage politique. Enfin la fin d'Izquierda democrática, du Partido social-cristiano, de l'ultra-populiste Partido roldosista ecuatoriano. Ces partis qui ont monopolisé le pouvoir depuis les années 1980, ont connu toutes les crises sans rien pouvoir résoudre, ont instauré ce climat de corruption et de déliquescence qui a parfois conduit à des situations dramatiques.
C'est aussi la transformation de la droite équatorienne qui va probablement être consacrée dimanche. Finis le Partido social-cristiano et l'Unión demócrata-cristiana, place aux deux géants PRIAN et PSP. Deux partis constitués de tous les déchets de la droite moribonde, menés par des caudillos qui aiment à se faire passer pour des gens nouveaux : Alvaro Noboa, le fameux roi de la banane, propriétaire de la moitié du pays et membre de l'administration la plus désastreuse qu'ait connue l'Equateur (celle d'Abdalá Bucaram, qui a à peine duré 6 mois, il y a une dizaine d'années), ainsi que les frères Gutiérrez et leur horde d'analphabètes, pourtant chassés du pouvoir en 2005... Corruption, populisme et vieille garde, voilà à quoi en est réduite la droite équatorienne... et pourtant la recette marche, à coups de démagogie, de mensonges et de cadeaux, puisque ces deux partis devraient faire un score honorable dimanche.
A gauche, après la fin du quasi-monopole d'Izquierda democrática, surgissent principalement deux partis : RED, mené par un homme sérieux et probablement intègre, León Roldós, pour incarner l'aile sociale-démocrate de la gauche, et Alianza País, le parti de Correa, constitué également de gens sérieux et surtout courageux, pour incarner une tendance plus à gauche sans pour autant correspondre aux caricatures chavistes désespérément construites par des partis de droite à court d'arguments.
Dimanche 30 septembre 2007. Oui, l'Equateur a bien un rendez-vous avec son histoire ; à voir donc si ce sera bien l'occasion de transformer l'essai de l'élection présidentielle de 2006 !

jeudi 20 septembre 2007

Chumblín/2

Les maisons biscornues sont peu à peu remplacées par des bâtisses aux angles trop droits, à la façade trop propre et trop régulière. Des maisons vertes, des maisons bleues, des maisons roses, aux fenêtres avec de multiples carreaux, et qui coulissent. Il ne manque plus que le "welcome" accroché à la porte d'entrée, et peut-être un "in god we trust". Une fois la porte franchie, l'ambiance est différente ; derrière les murs de l'immense et rutilante bâtisse, on revient à la réalité équatorienne : des murs bruts, la dalle de béton intacte, d'immenses salles vides et des planches pour éviter les courants d'air. Parfois, au milieu de ce piètre et inachevé décor, un écran plasma, une chaîne-hifi, recouverte de napperons, et un lecteur DVD.
Voilà à quoi sert l'argent gagné allá, au Nord, quelques années auparavant, ou bien en ce moment-même par l'ex-mari, qui y a refait sa vie avec quelqu'un d'autre mais continue d'honorer ses promesses d'entretien. Ce même argent a servi aussi à financer la fête de Nuestra Señora de la Natividad, qui sinon n'aurait pas lieu ainsi. Les expatriés rivalisent d'imagination et de générosité pour que leur nom soit distingué et suscite l'admiration - le top c'est de payer pour le podium du concert.
A Chumblín, l'argent du Nord vient aussi des mines. Les compagnies sont en pleine exploration souterraine des environs, et en attendant de lancer l'assaut, elles irriguent Chumblín de ressources dont la municipalité et les associations ont bien besoin. La plaza central est toute neuve, et impeccablement propre. Les écoles bien équipées. Et les compañeras qui élaborent le précieux dulce de chamburo ont un atelier à la pointe.
Chumblín n'est pas qu'enchantement. Le village garde ce quelque chose de traditionnel et de coloré, ces petites choses qui le rendent à la fois envoûtant et nostalgique. Mais les choses ont changé.

dimanche 9 septembre 2007

Chumblín/1

C'est un petit coin de verdure entre les promontoires de granit, dominé par d'immenses montagnes à la crête craquelée, au profil andin. Des cascades, des pentes luxuriantes, des fossés verts et fleuris, abondance.
Le village s'organise à partir de la plaza central. Les petites rues en terre font le tour des maisons biscornues et sont bordées de toutes les fleurs locales - fushia, roses, sureau, ... - abondance et sérénité.
Nous entrons dans l'atelier du groupe de femmes La Natividad. Elles sont toutes là, les 19, réparties en petits groupes, chacun dédié à une phase de l'élaboration de la confiture de chamburo et du dulce de leche. Chacune avec ses deux tresses retombant sur le dos, sa jupe en velours brodée, affairée devant une marmite géante à effectuer le rare et savoureux mélange. Elles discutent, rient ensemble, vivent un moment fort en groupe, autour de la précieuse mixture. Elles se rassemblent ainsi, autour de leur amour pour les bonnes choses, et ne manqueraient pour rien au monde ce rendez-vous. Abondance, sérénité et partage.
C'est en ce moment la fête du village, pour 10 jours. Les rues connaissent alors une certaine agitation, on s'affaire pour préparer les festivités du soir - on installe les derniers feux d'artifice, on termine son costume pour la danse traditionnelle, on va chercher des oeufs et du sucre chez la voisine pour faire les derniers suspiros, les meringues.
La fête est en l'honneur de Nuestra Señora de la Natividad. Ferveur et dévotion, en toute sobriété, dans l'église du village. La fumée du palo santo crée une atmosphère d'extrême sérénité qui vous invite à la prière, l'odeur pénètre et envoûte - le moment est sacré. Entre les volutes de fumée s'élèvent les voix faibles et implorantes des quelques femmes qui sont venues, humblement accompagnées par un vieillard à l'accordéon. Moment sacré, et envoûtant.