Les choses bougent ici en ce moment. Ses détracteurs reprochent à Rafael Correa, président depuis plus de six mois, d'agir comme s'il était toujours en campagne, mais je crois que dans un pays où l'on a eu huit présidents en dix ans, beaucoup virés pour immobilisme ou incompétence - au choix -, on peut difficilement reprocher à un jeune président de vouloir tout chambouler.
Je ne suis pas Correa-lâtre, loin de moi tout sentiment d'enthousiasme béat dans un pays où les illusions ont été tant de fois cyniquement balayées, mais jusqu'à présent le contexte paraît réellement différent. Les discours, le vocabulaire, les soutiens à Correa, l'Equateur vit depuis quelques mois dans une ère différente, et j'espère que cela va durer.
Le profil du président, et de son équipe, est une solide garantie - ils viennent pour beaucoup d'entre eux du milieu universitaire, ce sont des "gens sérieux", qualifiés, ayant une vraie vision des choses (une fois n'est pas coutume...), à l'image de Alberto Acosta, économiste de renom. Plus largement, le mouvement de Correa est composé d'un panel large et de qualité, d'Equatoriens représentant toute la diversité et la complexité de leur pays : Tania Hermina, réalisatrice de films engagés et 100% équatoriens, des représentants des communautés indigenas, des coopératives paysannes, des prêtres proches de la théologie de la Libération... un mouvement composé des éminences grises les plus diverses du pays, une vraie mobilisation de militants lassés de voir leur pays jodido. L'espoir est là. A voir si tout cela se concrétise.
Etape cruciale de ce mouvement : la convocation de l'assemblée constituante approuvée par plus de 80% des citoyens équatoriens, et qui donc se réunir à l'automne, pour rédiger peut-être la vingtième constitution du pays, on espère que ce sera la bonne. Celle qui fera de la République équatorienne une vraie démocratie, stable, autonome et responsabilisée, qui survit aux assauts corporatistes des mêmes partis de toujours. Le débat est riche - on parle par exemple de reconnaissance de la présomption d'innocence, thème particulièrement important au vu des conditions proposées au justiciable ici - et anim, par tous les secteurs de la société équatorienne, dans un esprit de respect de la parole citoyenne.
Dale patria, allez la patrie, dit le slogan. Les Equatoriens vivent un moment essentiel de leur démocratie, j'espère qu'ils comprendront l'intérêt de transformer l'essai lors des élections qui vont permettre de désigner les membres de cette assemblée constituante, en optant pour le sérieux et le renouvellement des générations. Au président aussi d'avoir le courage politique de poursuivre dans cette voie, malgré les barages qui seront levés devant lui, dans cette société qui est restée à bien des égards, je l'ai déjà dit, une société coloniale, verrouillée, injuste et instable.
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