vendredi 27 juillet 2007

tomebamba

Une colline fertile façonnée par d'imposantes terrasses de blocs de granit millénaires. Sur ces terres peuplées par les Cañari la civilisation cuzquénienne Inca vint étendre l'empire, le tawantin-suyu. Le temple orienté vers le soleil, selon l'emplacement des constellations, les cultures intensifiées et rationalisées, le fort militaire. L'un des principaux centres de la culture du tawantin-suyu. Astronomie, religion, agriculture, une des capitales de l'empire. Point de rencontre entre le tawantin-suyu ancien, du côté de Cuzco, et les terres du nord, celles des Quitu-Caras.

Une plaine irriguée par quatre rivières dont les Espagnols ont tout de suite deviné la richesse. Patios andalous, fontaines et balcons sculptés, maisons irrégulières et colorées, rues pavées. Monastères, lycées centenaires, librairies pleines d'Histoire. Un centre intellectuel, une capitale culturelle de l'empire sur lequel le soleil ne se couche jamais.

L'art métisse, les concerts traditionnels, le théâtre pour la mémoire. La sauvegarde d'un patrimoine architectural inégalé. Bernardo et sa boutique de design andin. La ville a parfois des accents conservateurs mais Cuenca a su traverser les âges, la culture cuencana sait entretenir sa propre mémoire et l'adapter à la modernité.

La Tomebamba du Tawantin-suyu existe toujours, animée par la pensée andine de toujours, celle d'une harmonie complète entre l'homme avec la nature. Tomebamba capitale du Tawantin-suyu, Santa Ana de los Cuatro Ríos capitale de l'imperio, Cuenca aujourd'hui naturellement Patrimoine mondial de l'Humanité.

jeudi 19 juillet 2007

dale patria

Les choses bougent ici en ce moment. Ses détracteurs reprochent à Rafael Correa, président depuis plus de six mois, d'agir comme s'il était toujours en campagne, mais je crois que dans un pays où l'on a eu huit présidents en dix ans, beaucoup virés pour immobilisme ou incompétence - au choix -, on peut difficilement reprocher à un jeune président de vouloir tout chambouler.
Je ne suis pas Correa-lâtre, loin de moi tout sentiment d'enthousiasme béat dans un pays où les illusions ont été tant de fois cyniquement balayées, mais jusqu'à présent le contexte paraît réellement différent. Les discours, le vocabulaire, les soutiens à Correa, l'Equateur vit depuis quelques mois dans une ère différente, et j'espère que cela va durer.
Le profil du président, et de son équipe, est une solide garantie - ils viennent pour beaucoup d'entre eux du milieu universitaire, ce sont des "gens sérieux", qualifiés, ayant une vraie vision des choses (une fois n'est pas coutume...), à l'image de Alberto Acosta, économiste de renom. Plus largement, le mouvement de Correa est composé d'un panel large et de qualité, d'Equatoriens représentant toute la diversité et la complexité de leur pays : Tania Hermina, réalisatrice de films engagés et 100% équatoriens, des représentants des communautés indigenas, des coopératives paysannes, des prêtres proches de la théologie de la Libération... un mouvement composé des éminences grises les plus diverses du pays, une vraie mobilisation de militants lassés de voir leur pays jodido. L'espoir est là. A voir si tout cela se concrétise.
Etape cruciale de ce mouvement : la convocation de l'assemblée constituante approuvée par plus de 80% des citoyens équatoriens, et qui donc se réunir à l'automne, pour rédiger peut-être la vingtième constitution du pays, on espère que ce sera la bonne. Celle qui fera de la République équatorienne une vraie démocratie, stable, autonome et responsabilisée, qui survit aux assauts corporatistes des mêmes partis de toujours. Le débat est riche - on parle par exemple de reconnaissance de la présomption d'innocence, thème particulièrement important au vu des conditions proposées au justiciable ici - et anim, par tous les secteurs de la société équatorienne, dans un esprit de respect de la parole citoyenne.
Dale patria, allez la patrie, dit le slogan. Les Equatoriens vivent un moment essentiel de leur démocratie, j'espère qu'ils comprendront l'intérêt de transformer l'essai lors des élections qui vont permettre de désigner les membres de cette assemblée constituante, en optant pour le sérieux et le renouvellement des générations. Au président aussi d'avoir le courage politique de poursuivre dans cette voie, malgré les barages qui seront levés devant lui, dans cette société qui est restée à bien des égards, je l'ai déjà dit, une société coloniale, verrouillée, injuste et instable.

vendredi 6 juillet 2007

Suco

Nous quittons Cuenca sous un ciel radieux, le bus avance au milieu de cette immense étendue vallonnée, verte, parsemée d'eucalyptus et de modestes maisons blanchies à la chaux, au balcon sculpté, de bois foncé. Nous sommes sur la route de Machala, l'une des principales villes de la côte, le visage des montagnes andines évolue donc tout doucement, plus chaud, fertile - les eucalyptus cèdent la place aux bananiers, aux palmiers - à l'horizon d'autres reliefs cette fois-ci complètement arides confirment la diversité, la complexité du milieu andin.

Ensuite, étape à Santa Isabel, l'un de ces multiples villages situés près de la grand-route et qui servent donc d'étape obligatoire, de lieu de vente et d'approvisionnement à toutes les communautés se trouvant à 40 km à la ronde, de point d'échange du bout du monde avant de pénétrer réellement dans la montagne, vers des communautés dont on ignorerait presque l'existence. Le chemin est irrégulier, le bus peine à monter, ce qui laisse le temps d'admirer ce que laissent entrevoir les immenses précipices, quand ils ne sont pas bordés de bananiers et de cannes à sucre : des montagnes, des pics, à perte de vue, d'un vert profond et serein, de larges vallées, à l'inverse du massif alpin par exemple, qui laissent venir la lumière et donnent une certaine sensation de vertige face à l'immensité, à la démesure, de cet espace andin. A certains endroits nous sommes au-dessus des nuages.

Nous parvenons finalement à Saramaloma, petite communauté d'une quarantaine d'âmes, accrochée à la montagne. Inés, Yolanda, Rosario, nous accueillent très chaleureusement mais nous sentons en même temps la distance - vertigineuse sous certains aspects - qui nous sépare, nous, étudiants français en quête d'aventure dans un monde que l'on considère comme le nôtre, et eux, petits paysans qui sont nés ici, et vont mourir ici.

Difficile, de leur faire accepter un plan de production pour qu'ils satisfassent, le plus simplement du monde, aux demandes de leurs fournisseurs et de leurs acheteurs de poulets. Nous sommes trop rationnels, eux vivent autrement, mais on ne peut les aider qu'en les encourageant à s'adapter, par eux-mêmes, à certaines réalités. Le principal défi de la mission.

A l'intérieur de la choza en terre séchée, à savourer les humitas - purée de maïs sucrée et cuite dans la feuille-, du choclo - maïs que l'on mange directement sur l'épi -, entre le foyer dont la fumée envahit toute la pièce et le rincon réservé aux cuyes - cochons d'Inde - dont on se régale également, la distance est vertigineuse. - D'où je viens ? Je viens de France. Légère moue, marquée d'indifférence. Peu importe, pour eux je suis un suco - un blond -, un nouveau suco, parmi bien d'autres, et Suco je resterai.