mardi 28 août 2007

Campaña

Fin septembre a lieu l'élection pour l'assemblée constituante.
Un moment important : choisir 120 responsables qui devront rédiger une nouvelle Constitution pour l'Equateur. La vingtième du nom. Peut-être enfin la bonne ? On l'espère - la tâche est immense : trop d'instabilité institutionnelle, des droits mal garantis, un système judiciaire pervers...
On l'espère et à la fois on en doute, la campagne menée actuellement voyant toujours les mêmes combats personnels, la même démagogie, le populisme le plus puant, la même corruption et la même violence - la même immaturité politique.
Correa, le Président, qui a inicié de nombreux changements attendus, dont celui de la Constituante, qui reste droit dans ses bottes malgré les menaces et les humiliations, mais qui parle parfois un peu trop, apostrophe trop directement ses adversaires et stigmatise certaines catégories de population, du côté de Guayaquil.
Noboa, le milliardaire puant, qui fait monter les prix des aliments de base - maïs, farine, banane - dont il est le propriétaire quasi-exclusif, pour lever la bronca contre le Président. Et ça marche, c'est facile de jouer avec la faim.
Les frères écervelés Gutiérrez, Gilmar et Lucio, ce dernier s'étant fait virer du pouvoir en 2005 pour de multiples scandales et trahisons, et une gestion désastreuse. Ils osent ressortir. Et promettent de baisser le prix du maïs (grâce à la nouvelle Constitution - bien sûr), et aussi de retourner aux horizons qui chantent des 2 ans de gestion catastrophique de Lucio.
Le PSC, l'éternel et omniprésent parti de droite, qui ose promettre du changement après avoir contribué pendant des années à l'instabilité ambiante et toujours proposé les mêmes recettes, les vieilles lunes, qui n'ont rien changé à la situation. Nebot, maire PSC de Guayaquil, qui lance une violente campagne limite séparatiste contre le Président et le reste du pays, et qui joue le fervent écologiste en dirigeant le combat contre un décret présidentiel autorisant la pêche au requin.
L'époque est à la construction - tout est ouvert. Un moment délicat aussi, où les plaies s'ouvrent, les rancoeurs et les antagonismes s'aiguisent.
Des débats qui dégénèrent.
Des menaces d'élimination physique du Président.
Une démocratie immature.

mercredi 15 août 2007

fiesta popular

La plaza San Francisco est chaleureusement éclairée, laissant se dessiner parfaitement les ombres fines et sculptées des balcons andalous sur les façades de chaux. Le lieu a quelque chose d'envoûtant.
Les gens se rassemblent, laissent un espace au centre de la place. La musique commence - des flûtes, des tambours, des violons - tout pour une fête 100% andine. Les groupes d'enfants viennent l'un après l'autre sur la scène, pour une danse portant en soi des siècles d'Histoire. Les vieux mythes ruraux, mettant en scène des animaux, mêlés à la liturgie catholique, comme avec el casamiento del indio. La croix avec la lune et le soleil. L'eucharistie et la célébration du feu. Les danses s'accélèrent, les couleurs des costumes traditionnels, du drapeau équatorien, des centaines de rubans, forment un tourbillon qu'il paraît impossible d'arrêter, et les enfants saluent - un triomphe.
La musique continue, aussi forte et aussi entraînante, et l'on allume le castillo de feux d'artifice. C'est un autre tourbillon de couleurs, ardent celui-ci, qui fascine la place, sous les regards à la fois ébahis et effrayés des enfants du quartier. Les étincelles et les pétards partent dans tous les sens, nous frôlent, la folie envahit toute la place. Pendant ce temps, des ballons incandescents s'envolent plus sereinement, vont se confondre avec les étoiles, et disparaissent.
Une fête de quartier avec de la magie, du mystère, de l'enchantement, un univers réel et fantastique fait de choses simples, à la Garcia Marquez, qui transporte loin d'ici tous ces enfants d'aujourd'hui.

dimanche 5 août 2007

remesa

Doña Inés, petite paysanne de l'Azuay, avec sa jupe brodée traditionnelle, son chapeau de paja toquila, qui parle fièrement de son fils qui vit maintenant parmi les gratte-ciels de Chicago. Elle n'est jamais allée plus loin que Cuenca.
Nelly, la quarantaine. Elle vit seule depuis que son mari est parti allá, de l'autre côté du río Bravo, et qu'il y a refait sa vie avec une autre femme, a eu d'autres enfants. Ça va, dit Nelly, il n'est pas mauvais, il n'a jamais cessé de m'envoyer de l'argent, tous les mois. Il a respecté ses engagements.
Elles sont nombreuses ici ces histoires de déracinés. Des familles séparées, parfois à jamais ; des villages entiers où il ne reste que les vieillards et leurs petits-enfants. On renonce à sa propre vie ici, et on va la râter allá, dans une terre où l'on ne connaît personne, où l'on ne nous attend pas, où il n'y a rien pour nous à part les dollars.
Le sacrifice de sa vie rapporte. La remesa, l'argent envoyé par ces millions d'exiliés à leur famille, est la deuxième entrée de devises du pays, après le pétrole.