Doña Inés, petite paysanne de l'Azuay, avec sa jupe brodée traditionnelle, son chapeau de paja toquila, qui parle fièrement de son fils qui vit maintenant parmi les gratte-ciels de Chicago. Elle n'est jamais allée plus loin que Cuenca.
Nelly, la quarantaine. Elle vit seule depuis que son mari est parti allá, de l'autre côté du río Bravo, et qu'il y a refait sa vie avec une autre femme, a eu d'autres enfants. Ça va, dit Nelly, il n'est pas mauvais, il n'a jamais cessé de m'envoyer de l'argent, tous les mois. Il a respecté ses engagements.
Elles sont nombreuses ici ces histoires de déracinés. Des familles séparées, parfois à jamais ; des villages entiers où il ne reste que les vieillards et leurs petits-enfants. On renonce à sa propre vie ici, et on va la râter allá, dans une terre où l'on ne connaît personne, où l'on ne nous attend pas, où il n'y a rien pour nous à part les dollars.
Le sacrifice de sa vie rapporte. La remesa, l'argent envoyé par ces millions d'exiliés à leur famille, est la deuxième entrée de devises du pays, après le pétrole.
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