Les maisons biscornues sont peu à peu remplacées par des bâtisses aux angles trop droits, à la façade trop propre et trop régulière. Des maisons vertes, des maisons bleues, des maisons roses, aux fenêtres avec de multiples carreaux, et qui coulissent. Il ne manque plus que le "welcome" accroché à la porte d'entrée, et peut-être un "in god we trust". Une fois la porte franchie, l'ambiance est différente ; derrière les murs de l'immense et rutilante bâtisse, on revient à la réalité équatorienne : des murs bruts, la dalle de béton intacte, d'immenses salles vides et des planches pour éviter les courants d'air. Parfois, au milieu de ce piètre et inachevé décor, un écran plasma, une chaîne-hifi, recouverte de napperons, et un lecteur DVD.
Voilà à quoi sert l'argent gagné allá, au Nord, quelques années auparavant, ou bien en ce moment-même par l'ex-mari, qui y a refait sa vie avec quelqu'un d'autre mais continue d'honorer ses promesses d'entretien. Ce même argent a servi aussi à financer la fête de Nuestra Señora de la Natividad, qui sinon n'aurait pas lieu ainsi. Les expatriés rivalisent d'imagination et de générosité pour que leur nom soit distingué et suscite l'admiration - le top c'est de payer pour le podium du concert.
A Chumblín, l'argent du Nord vient aussi des mines. Les compagnies sont en pleine exploration souterraine des environs, et en attendant de lancer l'assaut, elles irriguent Chumblín de ressources dont la municipalité et les associations ont bien besoin. La plaza central est toute neuve, et impeccablement propre. Les écoles bien équipées. Et les compañeras qui élaborent le précieux dulce de chamburo ont un atelier à la pointe.
Chumblín n'est pas qu'enchantement. Le village garde ce quelque chose de traditionnel et de coloré, ces petites choses qui le rendent à la fois envoûtant et nostalgique. Mais les choses ont changé.
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