mardi 6 novembre 2007

Babilonia

Une journée à Guayaquil, pour aller revisiter ces lieux où j'ai étudié, travaillé, vécu. Une journée sous un soleil de plomb, comme pour rendre encore plus pesante l'atmosphère de cette sin city.
Nous traversons la ville en camionette. Le quartier de la Kennedy d'abord, au milieu des malls et des Sports Planet, sur une autoroute urbaine où fourmillent les 4x4 Chevrolet, GMC et Hummer. Les collines de Mapasingue se rapprochent, avec leur mosaïque colorée de maisons de bric et de broc. Quelques usines, quelques bodegas, la route jonchée de cahots - nous sommes dans la Perimetral.
La Perimetral : des bidonvilles qui se fondent dans l'horizon, des collines grillées par le soleil et des fossés remplis de déchets, de produits chimiques et d'excréments. Des cadavres aussi : "no botar cadaveres" - ne pas jeter des cadavres - dit le panneau au bord de la route. La Perimetral, surnommée Perimortal, avec des rues sales et colorées, les hordes de chiens errants, les motels, les cadavres, et les enfants qui jouent sur la place. Sur les murs, dominent les affiches électorales de Noboa et Bucaram, avec sa moustache type chef du NSDAP.
La camionette se fraye un chemin dans le capharnaüm, on finit par parvenir au nouveau site de Hogar de Cristo, en train de construire un Centre de développement intégral, ici, dans ce quartier. Le terrain paraît encore vague, mais au centre se dresse fièrement le premier édifice, futur centre de formation professionnelle et université. Devant l'édifice, les tentes blanches, les chaises recouvertes de tissu ivoire, les immenses bouquets de fleurs. Tout est prêt pour l'inauguration. De longues minutes d'attente en pleine chaleur puis, accompagné par une centaine d'enfants de ces quartiers, JNS, le maire, avance entre sentiment de triomphe et modestie grossièrement feintée. Quelques discours, la remise des clés de la 140.000ème maison construite par Hogar de Cristo par la directrice d'une autre ONG, en tailleur blanc, avec des lunettes Dolce e Gabbana, qui s'avance avec peine - en escarpins - vers la bénéficiaire de la maison. Puis vient le discours de caudillo de JNS. Court, il veut faire en toute simplicité, on est entre nous. "Vous voulez un million de dollars ? Je vais vous donner un million de dollars" - ils sont là, pour nous, merci Jaime.
Le soir, j'ai quitté la Perimortal pour le quartier de la Puntilla, au nord de la ville, celui-ci surnommé "Pelucon landia" par le Président pour railler les fils à papa qui s'enferment dans ces résidences dorées et bouclées. A la UEES ce soir, c'est cérémonie de remise des diplômes, pour les étudiants de la faculté d'économie. Pour l'occasion, les garçons se sont faits confectionner un costume au top de la classe, et les filles ont passé la journée au spa. Au milieu de ce décor plastique se déroule en grande pompe la cérémonie. Des brushings, de grands sourires aux dents bien blanches, de la musique d'ambiance, ils viennent un par un recevoir ce diplôme obtenu après avoir payé les milliers de dollars de la scolarité plus qu'avoir étudié. Pas de fausses notes à cette cérémonie-là - ils n'ont pas diffusé un titre de techno-cumbia à la place de l'hymne national comme à l'inauguration du matin.
Guayaquil city.

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